Les craintes d’un retour de l’inflation apparaissent très exagérées. La hausse récente des taux longs qui …
lui est fréquemment attribuée tient plus au recul de l’aversion au risque et à la hausse des taux d’endettement public qu’à un danger de dérapage inflationniste.
D’abord, la sous-utilisation des capacités de production est massive et quasi générale. La croissance mondiale serait, selon le FMI, de -1,3% en 2009 après plusieurs années de progression au rythme voisin de 6%. Le PIB mondial se trouvera ainsi cette année à environ 4000 milliards de dollars, en deçà du niveau qui aurait été observé si le sentier de croissance des dernières années avait été maintenu.
La croissance attendue l’an prochain, toujours inférieure au potentiel, fera encore progresser cet écart. Les plans de relance budgétaire qui, pour la plupart, couvrent deux voire parfois trois ans, totalisent à peine 3000 milliards de dollars.
Leur potentiel inflationniste apparaît pour l’heure inexistant. En outre, la croissance envisageable dans les prochaines années n’est pas de nature à provoquer des tensions sur la demande.
Les ménages sont entrés dans une phase de réparation de leur situation financière, et un resserrement des conditions de financement augure mal d’une vive reprise de l’investissement.
Il est peu vraisemblable que la croissance soit suffisante pour déboucher sur une stabilisation de l’endettement public, tandis que la réduction de la dépense se heurte au caractère incompressible de nombreux postes budgétaires (salaires, dépenses de retraites, de santé…), d’où les craintes de monétisation des déficits… Qu’en penser ?
Dans les précédents cycles, la reprise débouchait sur une croissance supérieure au potentiel car alimentée par une hausse forte de la distribution de crédit. La reprise actuelle sera différente. L’emploi, une variable retardée du cycle, va continuer à se contracter (quoique à un rythme moins marqué que dans les derniers trimestres) et le chômage à progresser, tandis que la sous-utilisation de capacités de production restera très marquée.
Cela augure mal d’une poussée des coûts salariaux ou du rétablissement rapide du « pricing power » des entreprises, d’autant plus que le phénomène est global.
Autrement dit, l’économie réelle ne porte pas de germe inflationniste. Certains mettent en avant la crainte de voir les banques centrales monétiser les déficits, ce qui à terme pourrait être inflationniste !
Les banques centrales, qui ont acheté des obligations du Trésor, l’ont fait dans le but d’injecter de la liquidité et peser sur les taux longs, pas pour financer directement les déficits. Ensuite, l’indépendance des banques centrales est inscrite dans leurs statuts. La stabilité des prix constitue l’un de leurs objectifs. On les voit mal se lancer dans une politique propre à faire émerger une vague d’inflation, ce serait mettre à bas pour longtemps les acquis chèrement payés de la désinflation des années 1980. On imagine mal un gouvernement aller demander cela à une banque centrale.
Dans pareil contexte, le risque inflationniste se paierait par une hausse des taux d’intérêt supérieure au surcroît d’inflation, car incluant une prime de risque inflationniste. Enfin, outre le fait que les États ont émis des montants non négligeables d’obligations
indexées, les systèmes de pensions ont des actifs largement investis en titres d’État. Autant dire que le vieillissement démographique et la question du financement des retraites ne rendent pas le thème de l’érosion monétaire très populaire.
Le paradoxe serait de voir les pouvoirs publics mettre un terme prématuré à leur politique de soutien conjoncturel en raison de craintes infondées. Le gonflement de la base monétaire au Japon n’a aucunement créé l’inflation. En revanche, le resserrement trop rapide de la politique budgétaire en 1996 a fait replonger l’économie dans la récession.
A cet égard, l’anticipation d’un relèvement du taux des Fed Funds d’ici à la fin de l’année paraît assez surprenante.
Source: ETFWorld.fr – Par Philippe d’Arvisenet, Directeur des Études économiques de BNP Paribas
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