Hilbert Investment Solutions – Le marché se trompe de combat. En se focalisant sur le choc énergétique iranien, il extrapole les réflexes de 2022 et anticipe des politiques de banques centrales durablement restrictives…
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Par Dorian Raimond, Directeur du Trading et de la Stratégie obligataire d’Hilbert Investment Solutions
Dès lors, le marché price une BCE contrainte de durcir les conditions financières dans une économie qui ralentit. Or, ce narratif occulte deux réalités macroéconomiques majeures : d’une part l’épuisement du consommateur européen face aux prix, et d’autre part l’émergence d’une force déflationniste structurelle qui commence à imprégner les chiffres officiels, à l’image de celui de la productivité liée à l’Intelligence Artificielle.
Quatre piliers nous paraissent essentiels dans l’analyse de cette situation.
1. Le « pass-through » pétrolier de 2026 n’est pas celui de 2022
En 2022, les entreprises pouvaient répercuter intégralement la hausse de leurs coûts de production grâce à l’épargne post-COVID des ménages. En 2026, l’épargne excédentaire est asséchée et le contexte a muté. C’est donc la fin de l’épargne et du pricing power.
La saison des résultats confirme par ailleurs un changement de régime. Reckitt anticipe une compression de ses marges au premier semestre, tandis que Nestlé et Danone retrouvent péniblement de la croissance en volume, et que Procter & Gamble décrit un consommateur qui « change de comportement chaque jour ».
Notons que le « pass-through » est conditionné à l’environnement macroéconomique. Sans demande solvable, la hausse du prix du baril est désormais épongée par les marges des entreprises, et ne se transmet plus dans l’inflation globale.
2. Le ralentissement européen est déjà là
De nombreux indicateurs ont basculé dans le rouge, à l’image des PMI de la zone euro qui viennent de toucher un plus bas de trois ans. Côté français, le chômage est remonté à 8,1% au premier trimestre et les créations d’entreprises ont chuté de 6,3% en avril. Dans ce contexte, plusieurs banques d’investissement anticipent désormais une croissance nulle en zone euro au T2.
Le signal microéconomique se durcit également. CMA CGM a ainsi annoncé une situation d’oversupply sur les conteneurs maritimes. Les derniers chiffres du géant du transport maritime en conteneurs sont révélateurs de l’état d’alerte du fret mondial.
Dans le même temps, sur le plan monétaire, ce terrain n’est pas celui d’une banque centrale qui resserre. Comme l’a rappelé Christine Lagarde, la politique monétaire ne peut rien contre un choc d’offre. Remonter les taux détruirait simplement le reste de la demande européenne.
3. La productivité américaine confirme le narratif IA
Outre-Atlantique, les dernières données du BLS (Bureau of Labor Statistics) ont elles aussi donné le ton, la productivité non-agricole ayant bondi de +2,9% en glissement annuel au T1 2026.
En parallèle, le coût unitaire du travail n’a progressé que de +1,2% sur un an. Il s’agit du signal déflationniste le plus marqué de la série depuis 2019.
Fondamentalement, toute révolution technologique majeure (électrification, internet, et maintenant l’IA) accroît l’efficience par travailleur et déconnecte la production de la croissance de l’emploi. Si les entreprises génèrent une forte productivité, elles n’ont en effet plus besoin de répercuter les hausses de coûts d’intrants sur le client final…
4. L’inflation IA, un mal transitoire nécessaire
Il faut le reconnaître, la phase actuelle de déploiement des infrastructures par les hyperscalers est intrinsèquement inflationniste. Les dépenses d’investissement IA sont ainsi estimées à 800 milliards de dollars en 2026 (+67% sur un an) et pourraient attendre 1 000 milliards en 2027.
Dans la perspective de cette irrésistible ascension, les prix de l’électricité au détail aux États-Unis progressent de 5 à 6%, tirés par l’essor de data centers qui consomment parfois l’équivalent de villes entières, tandis que les métiers techniques (ingénieurs, électriciens) sont sous tension.
Cette phase est cependant transitoire par nature, et l’effort d’investissement (Capex) précède toujours les gains d’efficience (Pay-off) qu’il finance. Les chiffres de productivité montrent que ce Pay-off s’amorce déjà.
Le marché obligataire arbitre actuellement le coût d’investissement de court terme contre la désinflation de long terme.
Dans ce contexte, il nous parait intéressant de prendre le contrepied du marché, en se positionnant pour une stabilisation, voire une baisse de l’inflation et des taux.
Source : ETFWorld.fr
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