Point de vue d’expert: Relations États-Unis/ Chine

Tim Geithner, le nouveau Secrétaire au Trésor américain, n’a pas tardé à durcir le ton à l’égard de la Chine, comme l’illustre ses dernières….

déclarations, accusant les autorités chinoises de « manipuler » leur devise. Ce papier vise à démythifier plusieurs idées reçues concernant la nature des relations Sinoaméricaines et leurs répercussions sur la devise chinoise.

1) Un durcissement de position des Etats-Unis fréquent

Le durcissement de la position des Etats-Unis à l’égard de la Chine n’est pas nouveau dans l’histoire politique américaine. Les Présidents américains ont pris pour habitude de durcir leur discours à l’égard des chinois en début de mandat, pour l’assouplir par la suite. En effet, Ronald Reagan commença son mandat avec un discours pro taïwanais, avant de l’adoucir. George Herbert Walker Bush lui a emboîté le pas. Dans ses premiers discours, Bill Clinton était très critique à l’égard de la Chine, mais il avait fini par appeler de ses voeux un « partenariat stratégique ». Enfin, George W. Bush, au début de sa présidence, avait désigné la Chine comme un « rival stratégique » et non un « partenaire stratégique », avant d’adopter une politique plus prudente, grâce notamment au Secrétaire au Trésor Henry Paulson.

Le Président Obama ne fera pas exception à cette règle, même si les Démocrates sont généralement plus critiques envers la Chine que les Républicains. Une confrontation directe entre les deux pays apparait très peu probable. Certes, ils vont probablement continuer à se rejeter mutuellement la faute (est-ce la Chine qui épargne trop ou les Etats-Unis qui dépensent trop ?), mais les tensions devraient rester cantonnées aux discours politiques et ne pas avoir de répercussions économiques majeures.

2) Un yuan fort pèserait sur la consommation américaine

Compte tenu du rythme sans précédent de la contraction de la consommation aux Etats-Unis, les américains sont plus que jamais friands de produits bon marché en provenance de Chine. Bien que cette question risque d’être un enjeu politique à long terme, la nouvelle administration doit être consciente de ce qu’elle demande si elle souhaite relancer sa consommation. Le moment semble très mal venu pour exiger un régime de change chinois plus flexible. Ainsi, malgré la sous-évaluation structurelle du RMB, les premières relations d’Obama avec Pékin ne seront vraisemblablement pas conflictuelles.

3) Une forte dévaluation du RMB est improbable

Une dévaluation prononcée du RMB comporterait des risques et serait contreproductive pour plusieurs raisons :

– Impact limité sur les exportations:Les exportations chinoises ne souffrent pas d’une perte de compétitivité, mais plutôt de la contraction de la demande mondiale. Malgré l’appréciation de 20 % du RMB face au dollar depuis 2005, certains produits d’exportations ont gagné des parts de marché, notamment vis-à-vis d’autres pays asiatiques ;

– Dévaluation compétitive : Une dévaluation de la devise chinoise pourrait entraîner une vague de dévaluations compétitive à travers toute l’Asie ;

– Sortie des capitaux: Elle provoquerait par ailleurs une accélération des sorties de capitaux de Chine, ce qui serait un désastre dans le contexte actuel ;

– Protectionnisme: Enfin, une dévaluation pourrait déclencher une réaction protectionniste de la part des Etats-Unis et de l’Europe. En cas de forte baisse du dollar face à l’euro en 2009, une dévaluation du yuan par rapport à la devise américaine serait encore plus douloureuse pour la zone euro, ce qui rendrait les relations avec cette dernière encore plus compliquée qu’avec les Etats-Unis.

4) L’évocation d’une « manipulation » de leur devise n’entrainera pas de retour de bâton de la part des chinois

Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a répondu plutôt violemment aux propos de Tim Geithner, comparant les Etats-Unis à Zhu Ba Jie, personnage mi-humain mi-cochon du roman La Pérégrination vers l’ouest, tristement célèbre pour sa gloutonnerie, son avidité et sa luxure. Cette réaction a de nouveau nourri la crainte d’une liquidation pure et simple des avoirs chinois en bons du Trésor américain.

Néanmoins, il est peu probable que la Chine diversifie la composition de ses réserves de change en défaveur du dollar. En effet, la Chine en serait la grande perdante, compte tenu qu’elle possède plusieurs milliers de milliards d’obligations libellées en dollar et subirait ainsi des pertes considérables si le billet vert venait à se déprécier fortement contre le yuan en cas de ventes massives des bons du Trésor américain. Les autorités chinoises le savent : vendre des bons du Trésor serait contreproductif pour l’économie mondiale et reviendrait à se tirer une balle dans le pied.

5) Des mesures protectionnistes plus pénalisantes pour la Chine que pour les Etats-Unis

Malgré un pouvoir de négociation qui lui est plutôt favorable, la Chine a plus à perdre que les Etats-Unis d’une escalade protectionniste. En effet, les Etats-Unis affichent un déficit commercial abyssal et croissant avec la Chine. Or, même si la chute récente des importations a entraîné un nouveau record de l’excédent commercial chinois, une nouvelle baisse des exportations, due à d’éventuelles mesures protectionnistes, serait très négatif pour la Chine.

Par conséquent, il semble que beaucoup de bruit soit fait pour rien. Compte tenu des intérêts de chaque pays, leurs relations devraient se normaliser. Ironie de l’histoire, au delà de son profil peu engageant, Zhu Ba Jie est également connu pour son pouvoir de prendre 36 aspects différents. C’est ainsi que sont le mieux décrites les relations Etats-Unis / Chine : souples et inconstantes.

Source: SGAM ETF Newsletter – Jean-Charles Sambor


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