Muzinich & Co. : Une crise de « fuite des dépôts » peut être définie comme le problème d’une seule banque, résolu par une nationalisation ou une fusion avec une entité plus forte, comme cela s’est produit en Europe il y a quelques jours.
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Une crise bancaire survient lorsque de nombreuses institutions financières sont confrontées au même problème en même temps. Dans cette catégorie, il est important de comprendre si le problème commun est causé par l’exposition à des actifs toxiques, comme ce fut le cas pour la crise financière mondiale de 2008 et la crise de la dette d’Amérique latine de 1992. Si c’est le cas, la seule solution est l’injection de capitaux par les gouvernements, ce qui constitue un « renflouement ». Cette solution est politiquement impopulaire, car les banques sont sauvées aux dépens des contribuables et, en fin de compte, le régulateur doit assumer la responsabilité de la complaisance en matière de surveillance. L’autre forme de crise bancaire survient lorsque les actifs sont solides, mais que des problèmes de valorisation de marché entraînent une insolvabilité. C’est ce qui s’est passé lors de la crise des établissements d’épargne et de crédit (Savings and Loan (S&L)) en 1979 ; à l’époque, presque tous les prêts hypothécaires étaient des prêts à taux fixe sur 30 ans et le taux hypothécaire moyen était d’environ 7 % par rapport aux coûts de financement à court terme qui sont montés jusqu’à 22 % lorsque l’ancien président de la Réserve fédérale (Fed), Paul Volcker, a mis un terme à l’inflation.
Selon nous, la crise actuelle des banques régionales américaines appartient à cette dernière catégorie ; les actifs sont solides, principalement des titres d’État américains notés AAA, mais les sorties de capitaux forcent la cristallisation des pertes liées à la valorisation au prix du marché, ce qui conduit à l’insolvabilité. Lorsque la base d’actifs est solide, les injections de capitaux ne sont pas nécessaires ; les autorités doivent annoncer une réglementation temporaire de soutien pour protéger les bilans des banques et renforcer la confiance des déposants. Lors de la crise des S&L, les autorités américaines ont délivré des certificats de solvabilité aux banques. Dans la crise actuelle, la Fed a mis en place une facilité de pension « repo facility » qui permet aux banques d’obtenir des liquidités sans subir de pertes liées à la valorisation au prix du marché. Il ne reste plus qu’à stimuler la confiance. Comme l’a expliqué Jane Fraser, PDG de Citigroup, la semaine dernière, les applications mobiles et la capacité des consommateurs à déplacer des millions de dollars en quelques clics marquent un changement radical dans la manière dont les banquiers gèrent le risque de retraits massifs sur les banques et dont les régulateurs y répondent. Par conséquent, cette semaine, les autorités n’avaient qu’un seul objectif : renforcer la confiance.
Tout d’abord, d’abord, l’Autorité Bancaire Européenne (ABE) et la Banque d’Angleterre (BoE) ont déclaré que les instruments de capitaux propres seraient les premiers à absorber les pertes. Ces déclarations répondaient à celles des autorités suisses, qui avaient surpris les investisseurs en autorisant la dépréciation de la dette AT1 avant celle des actions ordinaires dans le cadre de la fusion d’UBS avec Credit Suisse First Boston (CSFB). Le Federal Open Market Committee (FOMC) a ensuite suivi le même scénario que la Banque Centrale Européenne (BCE) la semaine précédente. Le FOMC a relevé son taux de 25 points de base (pb) dans une fourchette de 4,75 % à 5,00 %, sans modifier le programme lié à son bilan. Le FOMC n’a pas non plus pris l’engagement de procéder à de nouvelles augmentations des taux d’intérêt, déclarant qu’un nouveau resserrement de la politique pourrait être justifié, mais qu’il dépendait désormais des données. La prochaine réunion n’ayant pas lieu avant le 2 mai, le FOMC a le temps de mieux évaluer dans quelle mesure le problème du secteur bancaire sera maîtrisé et quel sera l’effet de contagion sur l’économie. Ils auront également le temps de continuer à surveiller les effets différés du resserrement de la politique monétaire sur l’inflation et l’emploi. Le comité a publié ses prévisions économiques trimestrielles (voir le graphique de la semaine). Par rapport à décembre 2022, les projections pour 2023 ont été ajustées à la baisse de 0,1 % pour la croissance et l’emploi (à 0,4 % et 4,5 % respectivement), et l’inflation des dépenses de consommation personnelle de base (PCE) a été augmentée de 0,1 % à 3,6 %. L’élément le plus marquant des projections est que le FOMC prévoit de rester restrictif à un taux médian de 5,1 % pour l’ensemble de l’année 2023, un assouplissement n’étant prévu qu’à partir de 2024. Entre-temps, les investisseurs semblent adopter un point de vue beaucoup plus pessimiste sur le stress du secteur bancaire, et s’attendent à ce que l’assouplissement commence en juin 2023.
Malheureusement, le sentiment positif suscité par le FOMC a été mis à mal par la secrétaire au Trésor, Janet Yellen. Lors d’une audition devant une sous-commission sénatoriale, Mme Yellen a déclaré : « Je n’ai pas envisagé ou discuté de quoi que ce soit en rapport avec une assurance ou une garantie globale des dépôts », en réponse à une question visant à déterminer si la protection de tous les dépôts américains nécessiterait l’approbation du Congrès.1 Mme Yellen est revenue sur cette position le lendemain, en indiquant que le régulateur était prêt à prendre des mesures supplémentaires en cas de besoin, mais le mal était fait. Sur une note positive, la publication hebdomadaire du bilan de la Fed indique que l’encours des prêts de la Fed n’a augmenté que de 37 milliards de dollars US2. Cette augmentation est due aux nouveaux prêts accordés aux banques gérées par la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC). Cela suggère qu’au cours de la semaine écoulée, les banques américaines ont été en mesure de gérer les sorties de capitaux sans avoir recours à de nouvelles liquidités de la Fed.
Graphique de la semaine – Le FOMC ne prévoit toujours pas de baisse des taux pour 2023

Source : Federal Open Market Committee (FOMC) Summary of Economic Projections, 22 mars 2023.
1 Reuters, “Yellen says not considering ‘blanket insurance’ for all US bank deposits,” 22 mars 2023.
2 Federal Reserve Statistical Release, 23 mars 2023.
Spread to Worst & Yield to Worst au 24 mars 2023 :

Source : ICE Index Platform, en date du 24 mars 2023. Les vues et opinions de Muzinich sont données à titre d’illustration uniquement et ne doivent pas être interprétées comme des conseils d’investissement. Les indices sélectionnés sont à des fins de comparaison régionale, déterminés par Muzinich comme suit : ICE BofA Euro Corporate Index (ER00), ICE BofA Euro High Yield Constrained Index (HEC0), ICE BofA US Corporate Index (C0A0), ICE BofA US Cash Pay High Yield Constrained Index (JUC0), ICE BofA High Grade Emerging Markets Corporate Plus Index (EMIB), ICE BofA High Yield Emerging Markets Corporate Plus Index (EMHB).
Source: ETFWorld.fr
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