CrypCool : le bitcoin clôt le pire semestre de son histoire récente, lesté par un mois de fuite record des fonds indiciels.
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Par Alexis Boeglin, Directeur des Opérations de CrypCool
Le bitcoin remonte timidement ce matin, autour de 59 986 dollars, et l’ether à 1 579 dollars.
Ce sursaut reste cosmétique : il intervient après un week-end passé à se battre pour conserver le seuil symbolique des 60 000 dollars, que la première cryptomonnaie a fini par céder. Le bitcoin évoluait sous les 60 000 dollars dimanche, au plus bas depuis octobre 2024.
Le mouvement de fond se lit dans les chiffres des ETF bitcoin américains au comptant ont enregistré environ 4,06 milliards de dollars de retraits nets sur le seul mois de juin, le plus important rachat mensuel depuis le lancement de ces produits, dépassant le précédent record de 3,56 milliards atteint en février 2025. La semaine écoulée a vu à elle seule près de 1,79 milliard de dollars de sorties, alors que les marchés espéraient au contraire un regain d’appétit après l’introduction en Bourse de SpaceX, le 12 juin. Au total, c’est un bilan de premier semestre sévère : le bitcoin a reculé d’environ 30 % sur les six premiers mois de l’année, sous-performant presque toutes les grandes classes d’actifs.
L’explication est d’abord macroéconomique. Jeudi 25 juin, la mesure d’inflation préférée de la Réserve fédérale américaine, l’indice PCE, est ressortie pour le mois de mai à 4,1 % sur un an, son plus haut niveau depuis avril 2023. Conjuguée au discours ferme tenu mi-juin par le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, cette donnée nourrit l’anticipation d’une hausse des taux d’ici l’automne plutôt que d’une baisse. Or des taux élevés rendent les placements sûrs (obligations, comptes rémunérés) plus attrayants et détournent les capitaux des actifs sans rendement comme le bitcoin. Une partie de l’argent qui aurait pu s’y diriger part d’ailleurs vers les actions, en particulier celles liées à l’intelligence artificielle.
Une éclaircie existe néanmoins. Le mois de mai pourrait marquer le pic de cette poussée inflationniste : le détroit d’Ormuz a ré-ouvert, et les prix du brut refluent en juin, ce que la donnée de mai ne reflète pas encore. Si cette détente se confirme, elle pourrait à terme desserrer l’étau monétaire qui pèse sur les marchés à risque.
- Trésorerie crypto : la chute du bitcoin fait dérailler le modèle Strategy
C’est l’une des conséquences les plus visibles de la chute des cours. Strategy, l’entreprise cotée de Michael Saylor qui a fait du bitcoin son actif de réserve, voit son modèle financier soumis à son plus rude test. Dimanche 28 juin, M. Saylor a publié sur X le graphique des achats de sa société, accompagné de sa formule habituelle, « il va nous falloir plus de points », un signal qu’il utilise traditionnellement pour annoncer un nouvel achat dans la semaine.
Le problème est que l’arithmétique a basculé. Strategy détient 847 363 bitcoins, à un prix d’achat moyen voisin de 75 646 dollars, ce qui laisse son trésor en perte latente d’environ 13 milliards de dollars avec un bitcoin proche de 60 000 dollars. Surtout, le mécanisme qui a fait sa fortune s’est enrayé. Jusqu’ici, Strategy fonctionnait comme une roue d’inertie financière : tant que son action en Bourse valait nettement plus que les bitcoins qu’elle détenait, l’entreprise pouvait émettre de nouvelles actions à bon prix, utiliser cet argent pour acheter encore du bitcoin, ce qui dopait le cours et justifiait de nouvelles émissions. Ce cercle ne tourne plus. Sa capitalisation boursière est tombée à 29 milliards de dollars, soit environ 43 % sous la valeur du bitcoin inscrit à son bilan ; concrètement, le ratio entre sa valeur en Bourse et son trésor (le « mNAV ») est retombé à 0,99, alors que ses propres règles lui imposent un niveau d’au moins 1,22 pour émettre de nouvelles actions sans léser ses actionnaires existants.
Le bilan se tend ailleurs aussi. Les actions de préférence STRC, des titres qui versent un dividende fixe, un peu comme une obligation, et dont la valeur nominale de référence est de 100 dollars, se négocient désormais autour de 74,57 dollars, soit une décote d’environ 25 %, les investisseurs réclamant une prime de risque plus élevée pour continuer à financer la société. Pour faire face à ses échéances, Strategy a relevé sa réserve de liquidités de 300 millions de dollars, à 1,4 milliard, face à un endettement de 6,75 milliards et une couverture de dividendes d’environ 9,8 mois.
Les critiques, jusque-là feutrées, se font désormais publiques. Le patron de Ripple, Brad Garlinghouse, a estimé sur CNBC que l’équipe de Saylor « ne se concentrait pas sur les bons sujets » et que cette ingénierie financière avait nui à l’ensemble du marché. La société d’analyse on-chain CryptoQuant a appelé Strategy à suspendre ses achats pour reconstituer sa trésorerie, son responsable de la recherche Julio Moreno relevant que les obligations de dividendes ont quadruplé pour atteindre environ 1,2 milliard de dollars par an. Le débat de fond est désormais ouvert : faut-il profiter de la baisse pour acheter du bitcoin bon marché, au risque de diluer encore les actionnaires, ou geler les achats pour préserver la solidité financière de l’entreprise ?
Strategy n’est pas un acteur parmi d’autres : c’est le premier détenteur de bitcoin coté en Bourse, et le modèle qu’il a popularisé a été copié par des dizaines de sociétés (les « trésoreries crypto »). Ces entreprises sont devenues un soutien structurel du cours en absorbant régulièrement de l’offre. Si la mécanique de la plus emblématique d’entre elles se grippe durablement, c’est tout un pan de la demande institutionnelle qui s’éteint et, dans le pire scénario, le spectre de ventes forcées pour honorer les dividendes qui ressurgit. À noter que M. Saylor rappelle que sa société ne risque la liquidation que si le bitcoin tombe sous 8 000 dollars, niveau très éloigné des cours actuels.
Source: ETFWorld
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