Invesco : Le moment est-il propice pour investir à nouveau dans les compagnies pétrolières européennes ?
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Par Steve Smith, Deputy Fund Manager Invesco
Points-clés
- Historiquement, l’énergie a toujours été considérée comme un secteur cyclique. Or à notre avis, cette situation a changé.
- Si la limitation de l’offre par la Russie n’a pas aidé, le facteur clé des déséquilibres du marché pétrolier est le sous-investissement conjugué à une demande résistante
- Dans la mesure où le secteur énergétique se positionne en vue d’une vie « après le pétrole », le secteur peut être un moteur de la décarbonisation.
Historiquement, l’énergie a toujours été considérée comme un secteur cyclique. Les cours des matières premières ont été volatils car en raison de la croissance constante de l’offre, le marché s’est trouvé en situation d’offre excédentaire chaque fois que la demande baissait.
Or nous pensons que cela a changé. La discipline capitalistique et les contraintes ESG ont fait passer le secteur dans une nouvelle phase de son cycle d’investissement, conduisant à une période d’offre structurelle insuffisante et d’amélioration de la position concurrentielle des sociétés pétrolières européennes intégrées au sein des marchés mondiaux de l’énergie au sens large. Pour nous, ces changements rendent à nouveau le secteur européen de l’énergie attractif.1
Un nouveau cycle d’investissement pour les marchés européens de l’énergie
Lors du début de la dernière décennie, nous avons observé une mauvaise allocation du capital : l’expansion de l’offre de charbon chinois a été impressionnante et des chèques en blanc ont commencé à être distribués aux directions de l’exploration des grandes compagnies pétrolières. Cette période a également été témoin d’une croissance rapide du marché du gaz naturel liquéfié (GNL) et de montants massifs de flux de capitaux spéculatifs en direction des gisements de schiste.
Les matières premières énergétiques ont rencontré des difficultés dans cet environnement, plongeant à des points bas historiques au début de l’année 2020, la surabondance d’énergie à l’échelle mondiale entraînant des craintes concernant la capacité de stockage. Pour la première fois dans l’histoire, les contrats à terme sur le pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) sont passés en territoire négatif, ce qui signifiait que les producteurs de pétrole payaient les acheteurs pour se défaire de leurs matières premières.
Nous constatons actuellement que les entreprises explorant et produisant du ‘vrai’ pétrole pâtissent d’insuffisance de capital. Le gaz de schiste pâtit d’un coût du capital plus élevé après plusieurs formations et éclatements de bulles sur cycle court, tandis que les compagnies pétrolières nationales ont allégé leurs investissements en réponse aux faibles niveaux des matières premières. En outre, les grandes compagnies pétrolières ont plafonné les investissements en hydrocarbures en réponse à des exigences ESG accrues.

En 2020, nous écrivions sur le potentiel de baisse des investissements dans le secteur européen de l’énergie. À cette époque, nous pensions que cela contracterait l’offre d’énergie et aurait un impact important sur les décisions d’allocation de capital du secteur. Mais ça n’a pas été le cas. Les marchés de l’énergie semblent structurellement en manque (d’offre). Nous identifions des déséquilibres sur le marché pétrolier et sur le marché global de l’énergie mondiale, ce qui donne lieu à un contexte très favorable pour le secteur européen de l’énergie.
Les déséquilibres sur le marché pétrolier
Il est facile de supposer que les restrictions d’énergie imposées par la Russie à l’Europe en sont l’un des facteurs clés. Si cette situation n’a bien entendu pas été favorable, le marché tendu du pétrole est davantage une conséquence du sous-investissement dans de nouveaux approvisionnements en pétrole et d’une demande résiliente.
La demande croissante de pétrole de la part des marchés émergents compensera globalement la baisse de la demande des marchés développés. Nous sommes convaincus que la demande mondiale de pétrole restera au moins stable à partir de maintenant et jusqu’à la fin de la décennie. Sur le marché du pétrole, le principal problème n’est pas la demande, mais le pic atteint par l’offre.
L’offre mondiale a été stimulée par une poignée de champs pétroliers de taille gigantesque. Ces 15 ‘super géants’ représentent près de 15 % de la production mondiale de pétrole. Ils sont très anciens, mais plus important encore, leur production a atteint un plafond. Un grand nombre d’investissements seront requis pour remplacer ces volumes à moyen terme. Toutefois, c’est l’opposé qui se produit.


En raison des pressions exercées par les investisseurs, les grandes compagnies pétrolières intégrées ont commencé à se positionner en vue d’une vie « après le pétrole » bien avant que la demande mondiale sous-jacente ne leur impose de le faire. Cette réduction des dépenses d’investissement en hydrocarbures explique que les réserves mondiales se réduisent.
Le secteur européen de l’énergie ne renouera probablement jamais avec les niveaux d’investissements pétroliers observés lors de la dernière décennie. Or afin d’équilibrer le marché, il doit investir. Heureusement, le secteur peut activer un autre levier en réponse à des marchés de l’énergie tendus : les énergies renouvelables.
Déséquilibres de l’ensemble des marchés mondiaux de l’énergie
L’année 2022 a démontré de nombreuses choses : la volatilité qui est susceptible d’être constatée lorsque les marchés de l’énergie pâtissent d’une offre insuffisante, l’élasticité des prix du pétrole, du gaz et d’autres sources d’énergie et la nécessité d’accélérer la transition énergétique. L’année 2022 nous a également montré le degré d’interconnexion des marchés mondiaux de l’énergie.
Ces évènements ont changé notre manière d’analyser le marché de l’énergie. En analysant de manière globale l’ensemble du marché de l’énergie et la demande mondiale de Joules (l’unité de mesure de référence de l’énergie) par rapport à l’offre mondiale de Joules, l’étendue du problème apparaît clairement.
La transition énergétique ne consiste pas à réduire la demande d’énergie, mais de changer de sources d’énergie. La demande mondiale d’énergie est alimentée par la croissance de la population et de la classe moyenne sur les marchés émergents, et elle est gommée en partie par les améliorations de l’efficience énergétique au sein des marchés développés.
Globalement, nous entrevoyons une croissance annuelle à deux chiffres de la demande mondiale d’énergie jusqu’à 2030. Selon les prévisions actuelles, cette demande ne sera pas satisfaite par la croissance de l’offre. Les deux options possibles pour résoudre le problème sont : d’accélérer encore davantage les énergies renouvelables ou de permettre une croissance de l’offre dans les carburants fossiles présentant la plus faible intensité carbone. Le secteur européen de l’énergie est désormais bien positionné pour opter pour ces deux options.

Un nouvel environnement concurrentiel pour les grandes compagnies pétrolières
Ces dernières années, nous avons constaté que le secteur européen de l’énergie renforçait ses capacités faibles en carbone tout en s’endettant. Notre blog « The energy transition » a cartographié le changement de leurs stratégies d’allocation du capital. Toutefois, ces dernières reposaient sur un environnement marqué par le faible niveau des cours des matières premières, ce qui n’est plus le cas actuellement.
Le niveau désormais élevé des cours des matières premières a procuré au secteur de l’énergie un avantage par rapport à ses concurrents dans les énergies renouvelables : les services aux collectivités réglementés traditionnels. Le faible endettement et la trésorerie abondante des grandes compagnies pétrolières leur donnent la capacité d’auto-financer leurs projets, ce qui est devenu un avantage concurrentiel à la suite du durcissement des conditions de financement dû à la hausse des taux d’intérêt.
Par ailleurs, la capacité à financer leurs projets en interne signifie qu’ils sont sans contrainte et qu’ils peuvent donc prendre un risque sur le marché au comptant plutôt que d’être contraints de signer des accords de commercialisation sur le long terme, ce qui est avantageux dans un monde inflationniste.
Compte tenu des entreprises européennes du secteur de l’énergie qui investissent dans la production d’énergies renouvelables et de certaines qui investissent même dans la disruption dans leur secteur, les modèles économiques de ces sociétés et de celles des services aux collectivités convergent. Toutefois, les valorisations de ces deux secteurs restent assez différentes, les compagnies pétrolières se négociant avec une forte décote par rapport aux entreprises des services aux collectivités, ce qui est dû à l’opinion assez sceptique qu’ont les marchés d’actions sur le rôle des entreprises du secteur de l’énergie dans la transition énergétique.
Des entreprises qui deviennent attractives en termes d’investissement
En raison de leur savoir-faire et de leur flexibilité financière, les compagnies pétrolières intégrées européennes sont bien positionnées pour contribuer à réduire une offre structurelle insuffisante des marchés de l’énergie en fournissant une combinaison d’énergie faible en carbone et d’énergie à base d’hydrocarbures. Ce positionnement favorable sous-tend l’attractivité du secteur dans une perspective d’investissement. Dans le même temps, le secteur récompense également les investisseurs par des dividendes plus élevés.
À notre avis, ce secteur est celui qui a le plus de potentiel de décarbonisation. Ses entreprises devraient être soutenues dans leurs parcours vers la transition plutôt que d’en être écartées.
Source : ETFWorld.fr
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