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Ou vont les marchés? Les émissions bondissent, mais pas les taux

Malgré l’énorme progression des émissions souveraines et le regain d’appétit pour le risque, les taux obligataires ..

restent bien en deçà de leurs moyennes historiques. Il convient de rappeler qu’une part importante de ces émissions est la conséquence des réactions publiques après la faillite de Lehman Brothers, les autorités publiques cherchant à éviter une nouvelle « Grande dépression » au moyen de plans de relance et de mesures de soutien au secteur bancaire. Les agences du Trésor ont diminué fortement la maturité de leur dette et avancé significativement leur programme d’émission obligataire. A horizon 2010, nous ne prévoyons pas une hausse significative des taux longs, sachant que les économies du G4 resteront à la peine. Au-delà tout devrait dépendre de la capacité des Etats à résorber leurs déficits.

Les émissions bondissent, mais pas les taux

Le montant des émissions brutes de titres obligataires publics devrait représenter en 2009 l’équivalent de 4 740 Mds USD pour les Etats-Unis, le Japon, la zone euro et le Royaume-Uni réunis. Malgré une telle progression (70% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes) et le regain d’appétit pour le risque observé depuis début mars, les taux obligataires restent contenus, bien en deçà de leurs moyennes historiques.

Il faut reconnaître que les agences d’émission se sont adaptées à la situation qui a prévalu après la faillite de Lehman. A horizon 2010, nous ne prévoyons pas une hausse significative des taux longs, sachant que les économies du G4 resteront à la peine. Au-delà tout devrait dépendre de la capacité des Etats à résorber leurs déficits.

Les agences du Trésor recourent à la syndication.

A l’exception de quelques adjudications infructueuses (comme en Allemagne ou au Royaume-Uni), les adjudications d’emprunts souverains se sont bien déroulées. Afin de faciliter le placement de leurs émissions, les agences du Trésor ont revu leur calendrier prévisionnel, préférant ajouter des dates d’adjudication plutôt que d’augmenter le volume unitaire aux échéances habituelles. Par ailleurs, un nombre croissant d’Etats (notamment ceux comme la Grèce ou l’Irlande notés en dessous de la catégorie AAA) ont recouru à la syndication (dans ce cas, des banques d’investissement s’engagent, moyennant rémunération, à placer auprès d’investisseurs tout ou partie de l’émission). La part de la syndication en zone euro est ainsi passée de 35% en 2008 à 50% en 2009.

Source : calculs SGAM d’après données nationales et rapports de brokers. Pour le Royaume-Uni et le Japon, il s’agit des années fiscales.

Les programmes de financement 2009 sont bien avancés

Au premier trimestre, les agences du Trésor ont profité des conditions d’émission très favorables, compte tenu du fort appétit des investisseurs pour des titres sûrs et liquides, pour placer un volume important d’émissions. Résultat, les Etats ont pris une avance sensible dans leur programme de financement. En juin, le Trésor américain avait ainsi couvert 80% des ses besoins, malgré leur triplement en deux ans. En zone euro, on observe un phénomène similaire. Le taux de couverture des pays est de 63% contre 54% habituellement à la même époque. Les pays les plus fragiles (moins bien notés et dont les marchés sont les moins profonds) se sont montrés les plus prévoyants. La Grèce a ainsi couvert 100% des ses besoins, le Portugal 92%, la Belgique plus de 70%…Pour tous ces pays, finaliser les programmes d’émission 2009 ne devrait pas poser de problème majeur et les spreads souverains devraient continuer à se détendre. A noter que l’Irlande reste le plus vulnérable : ses émissions représentent 15% de son PIB en 2009, une multiplication par 8 en deux ans et son programme de financement reste largement à couvrir. Par ailleurs, son secteur bancaire pourrait nécessiter de plus amples interventions de l’Etat : le FMI vient de chiffrer ces nouveaux besoins pour le secteur financier à 20% du PIB d’ici fin 2010 !
Un risque de refinancement sur la dette de court terme

Depuis l’été 2007, les Etats ont raccourci la maturité de leurs emprunts en faveur de titres de court terme (T-Bills, de maturité inférieure à 1 an) ou des segments courts obligataires (2-5 ans). Aux Etats-Unis, la part des T-Bills dans la dette négociable du Trésor américain est ainsi passée de 20% au printemps 2007 à 32,5% au premier trimestre 2009. Dit autrement, la hausse de la dette publique américaine a été financée à 60% par des T-Bills sur cette période! La France et quelques pays de la zone euro comme la Grèce ou l’Irlande ont suivi une voie similaire. Cette tendance s’est accentuée quand les Banques centrales se sont dirigées vers des politiques de taux 0.

Une telle tendance peut durer encore quelques mois mais n’est toutefois pas soutenable. En effet, un pays dont la dette repose trop largement sur des émissions de court terme prend un risque de refinancement et s’expose aux anticipations de resserrement monétaire lorsque les premiers signes de reprise et d’inflation se font jour. On a pu le constater début juin : Stratégie et Recherche économique Regards sur l’économie no 2009.13 * 2 juillet 3 après la publication du rapport sur l’emploi meilleur qu’attendu, les taux des bons du Trésor américains sont passés de 0,9% à 1,4% (avant de retomber à 1,1%). Au total, raccourcir fortement la maturité de sa dette, c’est prendre le risque d’une forte augmentation du coût du service de la dette dans le futur et se priver des effets positifs qu’une hausse de l’inflation peut présenter pour diminuer le fardeau de la dette. Les Etats ont tout intérêt à allonger la maturité de leur dette, en émettant sur les maturités où les niveaux des taux d’intérêt nominaux restent historiquement faibles. Certains pays comme la France qui vient d’émettre une nouvelle souche à 30 ans semblent prendre en compte ces risques.


Zone euro : qui va se porter acquéreur des emprunts d’Etat ?

Nous venons de voir que les problèmes de financement étaient très limités en 2009 pour la plupart des Etats. Dans deux précédents numéros de Regard sur l’Economie (4 et 18 juin 2009), nous sommes intéressés à la question du financement à moyen terme des emprunts d’Etat aux Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Nous avions conclu qu’il fallait s’attendre à ce que la hausse des rendements des emprunts d’Etat reste limitée et ce, pour plusieurs raisons. A court terme, les banques centrales achètent si besoin des titres en direct. A moyen terme, le secteur privé domestique (ménages et institutions financières) est susceptible de se porter acquéreur d’une grande partie des nouvelles émissions souveraines. Nous examinons ici le cas des pays de la zone euro et nous concluons qu’il ne devrait pas y avoir non plus de problème majeur à moyen terme. En premier lieu, à 786 Mds EUR en 2009, l’augmentation les émissions est plus modérée qu’au Etats-Unis ou au Royaume-Uni avec une hausse de « seulement » 120 Mds EUR (+40%) par rapport à 2007. Des évolutions similaires aux Etats-Unis ou Royaume-Uni devraient également se produire :

Une hausse de la détention par les non-résidents :

Une partie importante de la dette souveraine est détenue par des investisseurs non-résidents (y compris ceux de la zone euro achetant des titres d’un autre pays) : 53% en Allemagne et en Espagne, 66% en France, 80% en Grèce. Ces derniers mois, les grands pays de la zone euro, la BCE, l’Union européenne ont rappelé leur attachement au concept de solidarité européenne et ont réussi à convaincre que les risques d’un éclatement de la zone euro ou d’un défaut d’un pays de la zone euro étaient minimes. Dans ce contexte, la source de financement extérieure devrait rester stable, aussi bien au sein de la zone euro qu’ailleurs. A long terme, cette source devrait même augmenter, sachant les besoins de diversification d’actifs en euros des banques centrales des pays émergents.
La BCE invite les banques à faire du carry trade :

La BCE continue de pratiquer une politique non-orthodoxe. Mais à l’inverse de la Fed ou de la Banque d’Angleterre qui achètent en direct des bons du Trésor, la BCE utilise exclusivement le canal bancaire. Le 24 juin, la BCE a prêté pour un an au taux directeur (1%) un montant de 442 Mds EUR. Cela représente une hausse des liquidités prêtées au secteur bancaire de 70%. Deux nouvelles opérations de ce genre sont prévues d’ici la fin de l’année, si bien que les banques sont assurées de profiter de liquidités à 1% pendant près de 18 mois. Cet afflux de liquidité a déjà commencé de peser sur les taux courts (l’EONIA est tombé de 0..8% à 0,34% après l’opération). Mais on doit s’attendre à ce que les banques profitent du carry sur les emprunts d’Etat de maturité courte (2-5 ans) pour améliorer leur profitabilité et la qualité de leur bilan. A titre indicatif, les rendements des emprunts d’Etat à deux ans sont compris entre 1,4 et 1,8% en zone euro). Ainsi, la demande d’emprunts d’Etat des banques devrait augmenter significativement au cours des prochains 18 mois.
Le secteur privé épargne plus :

Le secteur privé (ménages, fonds de pension, assurances, OPCVM…) devrait lui aussi parvenir à éponger une bonne partie de la hausse des émissions. Assurances et fonds de pensions se doivent de réallouer une part plus importante de leurs actifs sur les produits obligataires. Face aux incertitudes sur l’avenir, les ménages accroissent leur taux d’épargne. Celui-ci était de 14% en 2007 et 2008. Nous prévoyons qu’il sera proche de 20% en 2010, ce qui correspond à une épargne supplémentaire de 400 Mds EUR sur l’année.
Réduire les déficits sera déterminant à long terme

Les agences du Trésor se sont adaptées à la nouvelle situation qui a prévalu après la faillite de Lehman : elles ont diminué fortement la maturité de leur dette et avancé significativement leur programme d’émission obligataire. A moins qu’une nouvelle dégradation de l’environnement économique n’impose aux Etats de creuser plus encore leurs déficits budgétaires, boucler la fin de l’année ne devrait pas poser de soucis majeurs et l’année 2010 devrait elle aussi bien se présenter. Les banques centrales et le secteur privé semblent en effet prêts à favoriser l’absorption du surcroît d’émissions souveraines.
A long terme, lorsqu’un régime de croissance plus équilibré sera retrouvé et que la demande des investisseurs sera plus diversifiée, la capacité des Etats à réduire les déficits sera déterminante. Nul doute que les investisseurs discrimineront selon les perspectives d’amélioration des finances publiques. Par ailleurs, financer la dette publique à court terme est favorable aujourd’hui. Mais cela constitue une source defragilité que les Etats feraient bien de ne pas négliger.
Michel Martinez

Source: SGAM ETF Newsletter


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