Les statistiques économiques attestent toutes de la sévérité de la récession mondiale au 1er trimestre. Cependant, les enquêtes récentes auprès des ..
entreprises s’améliorent et les signes de reprise l’activité se multiplient dans certains pays. En outre, les conditions financières se sont détendues depuis le pic de la crise financière de l’automne dernier. Ces évolutions nourrissent les espoirs d’une reprise économique au cours du 2nd semestre. Saluant les publications récentes, les bourses ont ainsi retrouvé leur niveau de janvier dernier. Si la correction d’un « pessimisme excessif » s’avérait sans doute nécessaire, il convient toutefois de rappeler que les conditions financières sont encore beaucoup trop restrictives pour permettre une reprise économique durable.
Les enquêtes auprès des entreprises s’améliorent…
De nombreuses enquêtes se sont améliorées au cours des derniers mois. Le caractère simultané de ce rebond semble indiquer que le pire de la crise économique est passé. Dans de nombreux pays, le cycle des stocks permet pour partie d’expliquer cette amélioration. Suite à la faillite de Lehman, les entreprises – anticipant une chute de la demande -ont en effet puissamment déstocké. Le repli très prononcé du commerce mondial associé à la diffusion de la crise économique aux pays émergents a très certainement accéléré ce mouvement à l’échelle mondiale. Mais avec les plans de relance décidés dans la plupart des grands pays, les carnets de commandes vont progressivement se regarnir (on observe déjà des signes très encourageants aux Etats-Unis sur ce point). Dans ces conditions, un rebond de la production d’ici la fin de l’année se profile, et ce dernier pourrait être d’autant plus marqué que les entreprises avaient au préalable fortement déstocké (Japon, Etats-Unis notamment). L’effet multiplicateur traditionnel lié au plan de relance joue également un rôle. C’est surtout le cas en Chine, où les nouvelles dépenses ont été très rapidement mises en oeuvre : les premiers signes tangibles de rebond de l’activité se manifestent sur plusieurs fronts (rebond du crédit, des ventes au détail et de la production industrielle en mars). Au Japon, les commandes publiques ont jusqu’à maintenant amorti la chute des carnets de commande et l’annonce d’un nouveau plan de relance (le 3ème depuis septembre) est de bon augure. Enfin, indépendamment des mesures de relance, on observe aux Etats-Unis un timide redémarrage de la consommation au 1er trimestre, probablement en raison des gains de pouvoir d’achat liés à la baisse du prix du pétrole.
—et les contraintes financières se font moins restrictives
L’embellie conjoncturelle résulte aussi pour partie du décalage entre cycle financier et cycle réel. Notre indice des conditions monétaires et financières – qui prend en compte de nombreuses variables (spreads de crédit, volatilité sur les actions, tensions sur la liquidité interbancaire, etc.) – s’avère très bien corrélé avec l’activité économique aux Etats-Unis. Son envolée suite à la faillite de Lehman traduisait un durcissement sans précédent des conditions financières et annonçait clairement une récession violente (cf. graphique). Or cet indice est désormais revenu sur son niveau de l’été dernier.
Un assainissement du bilan des banques est nécessaire
Mais la reprise qui s’amorce est fragile à plus d’un titre. D’abord, le niveau des enquêtes reste très faible et indique davantage une baisse de l’intensité de la récession qu’une vraie reprise. Aux Etats-Unis, le rebond de la consommation sera limité par la montée du chômage et la nécessité pour les ménages de se désendetter. Ensuite, la détente des conditions financières est très insuffisante pour permettre à la distribution de crédit de reprendre son cours normal. Enfin, le restockage qui se profile sera par nature de courte durée. Et les effets multiplicateurs liés aux plans de relance s’évanouiront rapidement si le canal du crédit n’est pas rapidement restauré. Dit autrement, le risque est de voir la croissance vite rechuter, après un « faux rebond ». C’est aujourd’hui plus que jamais vers les banques et les marchés du crédit que les regards doivent se tourner pour jauger de la pérennité d’une reprise.
Didier Borowski
Source: SGAM ETF Newsletter
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