GIORNALE SOLDI

Point de vue d’expert: Le retour en grâce des Droits de Tirage Spéciaux (DTS)

Alors qu’ils avaient presque sombré dans l’oubli, les droits de tirage spéciaux (DTS) connaissent un retour en grâce depuis quelques semaines. Fin mars, dans un discours largement médiatisé, le gouverneur de la Banque populaire de Chine Zhou Xiaochuan a proposé que les DTS ..

deviennent une nouvelle devise de réserve supranationale. Lors du sommet du G20, les leaders politiques ont convenu d’augmenter l’allocation des droits de tirage spéciaux de $ 250 Mds. Nous doutons de la légitimité des DTS en tant que devise suprana-tionale, mais nous pensons qu’ils peuvent jouer un rôle positif pour apaiser la crise des balances des paiements et soutenir les devises émergentes les plus en difficulté.

L’étalon or

Les DTS ont été créés en 1969 dans une ultime tentative de sauver le régime de change fixe instauré par les accords de Bretton Woods. Les devises individuelles étaient alors in-dexées sur le dollar américain, lequel était ancré sur le cours de l’or. A l’époque, l’or n’était convertible qu’en dollar améri-cain (et seulement entre les banques centrales). Le policy mix accommodant des États-Unis dans les années 60 a entraîné un creusement du déficit courant et un excès des dollars en circulation, tirant à la hausse la valeur de l’or. En retour, les banques centrales ont été tentées de convertir leurs réserves de dollars en or au taux officiel de 35$/l’once (puis, dans certains cas, de revendre cet or sur le marché libre). Par conséquent, les États-Unis connurent de larges sorties d’or, ce qui contribua à miner un peu plus la crédibilité du système de Bretton Woods.

La création des DTS visait donc à rompre ce cercle vicieux en instaurant un nouvel actif de réserve. Les DTS ne sont utilisés que dans des circuits officiels, au sein d’un système fermé. Selon ce système, un pays membre du FMI dont la balance des paiements est déficitaire peut choisir de financer en partie son déficit en mobilisant des DTS comme on utilise une ligne de crédit, qu’il échangera contre des devises convertibles. Un ou plusieurs pays membres transfèrent alors au pays deman-deur des devises convertibles qui sont créditées de leur solde de DTS. Cette opération peut prendre la forme d’accords vo-lontaires bilatéraux, sinon le FMI peut désigner lui-même les membres dotés de balances extérieures confortables et donc les plus à même d’approvisionner les autres en devises convertibles.
Avec l’échec de Bretton Woods, au début des années 70, le rôle des DTS en tant qu’instrument de réserve a également perdu de son sens. Les principales devises de réserve (USD, JPY, GBP et EUR) s’échangeant sur la base de régimes flot-tants, les engagements vis à vis des détenteurs étrangers n’ont théoriquement aucune limite. Les DTS ont alors sombré dans l’oubli, continuant seulement à servir d’unité de compte pour le FMI et quelques autres organismes.

Un nouveau souffle pour les Droits de Tirage Spéciaux

Cependant, les DTS n’ont jamais réellement disparu. La décision prise par le G20 le 2 avril de procéder à une nouvelle allocation de DTS de $ 250 Mds (l’allocation actuelle est de $ 21,4 Mds), a donné à cet instrument un nouveau souffle de vie. L’objectif est un peu différent cette fois. Actuellement, un pays peut accroître son stock de réserves de change en empruntant sur les marchés de capitaux internationaux. Le coût peut toutefois se révéler prohibitif pour les pays émergents dotés d’une balance des paiements défaillante, en particulier dans les conditions de marché actuelles. L’augmentation de l’allocation de DTS offre donc une solution de financement plus raisonnable. Pour la semaine du 6 avril, le taux d’intérêt des DTS est tombé à tout juste 0,47%.

Cette initiative, couplée aux autres mesures prises par le FMI lors du sommet du G20 (augmentation des ressources mises à disposition à $ 750 Mds, aide de $ 250 Mds pour le financement commercial et $ 100 Mds de crédits supplémentaires aux banques multilatérales de développement) permet de réduire considérablement le risque de crise monétaire. Elle contribue à la création d’un cercle de confiance dans lequel la réduction du risque aide à restaurer le sentiment du marché, soutenant ainsi les devises. De fait, on remarque l’impact positif du sommet du G20 sur les devises émergentes les plus touchées par la crise financière.

Ni une devise supranationale…

Il faut garder à l’esprit que les DTS sont un panier de devises actuellement composé à 44% de dollar américain, 34% d’euro, 11% de livre sterling et 11% de yen. C’est selon nous le premier facteur qui s’oppose à l’instauration des DTS en tant que devise supranationale, car il est beaucoup plus aisé de réaliser des opérations internationales dans une seule devise que dans plusieurs. Deuxièmement, dans un tel système, la question de l’offre de DTS risque d’être extrêmement politisée. Enfin, il est peu probable que le marché des DTS affiche une liquidité suffisante dans un avenir proche.

… ni un outil de diversification efficace

Dans le débat évoqué ci-dessus, certains avancent que pour les pays dotés d’importantes réserves de change (Chine en tête), l’utilisation accrue des DTS risque de modifier la composition des réserves. Une fois encore, nous sommes sceptiques. Premièrement, l’allocation de $ 250 Mds fait pâle figure à côté des $ 6 000 Mds de réserves de change mondiales ($ 2 000 Mds pour la Chine). Deuxièmement, rien ne peut empêcher la Chine de diversifier ses réserves de change, excepté le risque que cela provoque une baisse du dollar. La Chine devrait donc garder encore une part importante de dollars américains dans ses réserves de change.

En effet, même si le rôle du dollar dans le système financier international peut être appelé à changer à moyen terme, toute évolution brutale dans le contexte actuel se traduirait par une dépréciation sensible du billet vert, laquelle aurait des réper-cussions dramatiques non seulement pour les États-Unis, mais également pour le reste de l’économie mondiale.

Michala Marcussen

Source: SGAM ETF Newsletter – Yvan Mamalet


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